le cochon est mort, vive le rat
Ca y est, noël est passé. je redoutais, à vrai dire.
Je ne veux en faire un foin, ce n'est finalement qu'un soir parmi tant d'autre, mais lorsqu'on goûte à la solitude, ce genre de grand-messe foudroye quelque peu nos capacités à prendre les choses du bon côté...J'avais prévu au départ de me sacrifier pour ma rédaction et de faire un reportage sur la centaine de marins Philippins au port de pêche, loin de chez eux. Le cargo est finalement parti plus tôt que prévu, le 24, en fin d'après-midi, me laissant, mon petit carnet, mon anglais de merde, ma solitude et moi, seul, à quai, devant faire face à un grand vide. Alors j'ai fais comme d'habitude dans ce genre de cas, je suis allé boire une bière.
Trois heures plus tard, je me retrouvais au milieu d'un petit microcosme sympathique au premier abord, très entreprenant, mais très vite très lourd, leurs taux d'alcoolémie grimpants de concerts. Lorsque J. P s'est cassé la gueule en hurlant : "je vais voir mes enfaaaants...", que S. lui a chourré ses clefs, et que J.P lui a broyé trois doigts, je suis parti en zigzag, dans les rues desertes, à la recherche de quelque chose à faire. Je me suis très vite retrouvé seul sur une place, en dessous de gros cadeaux illuminés.
J'ai attendu dix minutes qu'un miracle intervienne, c'est à dire que déboule sur la place un jeune homme désemparé avec un besoin de discuter et plus si affinités. Mais comme les miracles n'existent pas, personne n'a traversé mon champ de vision, pas même un petit chaton abandonné et fragile. Je suis donc retourné boire une bière, avec ma tronche du type qui n'a rien à faire là, et qui n'a pas envie de sociabiliser. Un couple qui venait de se faire éconduire par un restaurateur du coin s'est pris d'amitié pour moi. Eux aussi devait être à la recherche d'un jeune homme desemparé qui avait besoin de discuter et plus si affinités, ils m'ont donc tenu la jambe, recherchant mon côté magique. Puis le type s'est barré, refourguant sa patate chaude de copine d'enfance au bar du village. La patate chaude était une très belle femme de 40 ans, une brune avec de très jolis yeux, une sorte de Juliette Binoche sans crème antirides, ni botox.
Après avoir discuté avec elle de tout et n'importe quoi, histoire d'arriver au tutoiement, je l'ai finalement invité chez moi à manger une part du gâteau que m'avait offerte pour noël ma gentille voisine. Et ça s'est terminé comme ça, nous avons bu du vin, on a fumé de la beu, en regardant "Le château dans le ciel", emmitouflés sous des couvertures, satisfaits d'avoir respecté le caractère exceptionnel de noël... Je ne pense pas qu'il soit envisageable un autre soir de l'année de trouver un inconnu dans la rue pour aller regarder la télé...